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Regards Croisés accueille l'Italie autour de cinq photographes français qui exposeront en regard de cinq photographes italiens.

Leurs travaux ont été sélectionnés en vis-à-vis, en regard croisé : dialogue, résonance, correspondance sensible de fond ou de forme, dans le rapprochement ou l’opposition de thème ou d’esthétique.

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Invité de Regards Croisés

 

Virgilio Carmisio  - Le "Vieux Milan"

 

Dans les années 60, Milan connaît une métamorphose continue tant en banlieue avec la construction de quartiers entiers que dans le centre historique avec la démolition de bâtiments anciens pour faire place à des immeubles modernes.

C'est dans ce contexte que Virgilio Carnisio se promène dans les rues de sa ville pour la documenter.

Maisons "à balustrades" du XIXè siècle typiques de la classe ouvrière à l'époque de la révolution industrielle, boutiques aux vieilles enseignes décolorées, tavernes où l'on joue aux cartes sur la table ou rues entières risquant de disparaître pour toujours ... il déclenche avec soin "de peur que le bulldozer ne le précède". Plusieurs années après, il constate avec soulagement que le bouleversement n'a pas été total.

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Alessandra Calo  - Les inconnues

Les Inconnues, est une œuvre née en hommage aux premières femmes, Anna Atkins et Constance Fox Talbot, qui au XIXe siècle ont réalisé des photographies et des livres illustrés à partir d’images photographiques. 

Il est ici question d’une réflexion personnelle sur les premières techniques d’impression (argentique et calotype).

Le concept du temps et la transformation de quelque chose d’immatériel en une forme visible sont les aspects centraux de son travail.

Alessandra Calo a choisi d’imprimer des fragments d’images féminines sur des plaques en verre. 

Marie-Anne Hauth - Mémoire et souvenirs

Qui ne s’est pas posé la question sur la permanence des souvenirs, sur la manière dont la mémoire les conserve et les restitue ?
La mémoire qui fait des choix, la mémoire qui aime embellir les souvenirs. Puis, les souvenirs qui se mêlent aux rêves ou rêves qui se mêlent aux souvenirs. Les frontières s’estompent… reste un sentiment de déjà vu, la rémanence d’un passé qui n’est plus...
Parfois la mémoire n’est pas fidèle, elle aime les histoires racontées par d’autres et se les approprie.
Et puis il y a aussi les souvenirs qui s’émoussent, se perdent parfois au fil du temps…
« Dans mon jardin secret il y a des images brûlées par la lumière, des parfums de lilas, d’eucalyptus, de terre mouillée.
Il y a aussi des voix qui résonnent à travers les persiennes, du vide et du silence aussi. »

Fabio Mantovani - Cent habitations populaires

A travers un reportage sur dix grands ensembles d'habitation italiens, Fabio Montovani  documente la façon dont les gens vivent dans ces grandes agglomérations de construction publique conçues dans les années 40 dont la conception et la dégradation font aujourd'hui l'objet de polémiques.
Il ne dénonce pas, il plante le décor de la vie quotidienne dans les banlieues italiennes  à un moment où elles se retrouvent au centre du débat politique.

Son regard n'est pas allusif, il est précis. Il ne décrit pas, il saisit. 

Il saisit le moment précis où la conception de la ville est en crise et où on se retourne sur ces grands ensembles des années 60-70 qui nous ont légué une architecture traduisant une vision à la fois commune et à facettes. Mais il saisit aussi la vie de ceux qui se sont trouvés y vivre par choix ou malgré eux. 

Son regard à la fois politique, sociologique et humaniste écrit un ultime chapitre du genre littéraire désormais séculaire qu'est '"le voyage en Italie".

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Théo Giacometti - Marseille poussières​

« Mast’Errico dit que les pêcheurs ne savent pas nager, que c’est bon pour les estivants qui vont au milieu des vagues pour s’amuser et qui se mettent exprès au soleil. Le soleil est agréable pour celui qui le prend allongé, immobile. Pour celui qui le porte sur le dos, le soleil est un sac de charbon »

Erri de Lucca in Montedidio

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Francesca Catastini  - Petrus
 

Commencé avec l'exploration de l'appartement de son voisin et la découverte d'une bouteille de Petrus, "la boisson de l'homme fort" puis poursuivi à l'extérieur, à la recherche "de formes trouvées dans la sculpture classique et les paysages faits par l'homme",  le travail de Francesca Catastini reflète et questionne "une certaine rhétorique de la masculinité dans la culture occidentale".

"Il s'agit de la volonté humaine de se définir et de définir le monde à travers des formes définies. La forme, cependant n'est jamais stable. A la recherche de décalages subtils suscitant analogies et connotations, Petrus joue avec les archétypes et les images, en considérant leur violence symbolique et la façon dont ils influencent notre vision". 

Explorant la différence entre ce que fait l'homme et ce qu'il est,  Francesca Catastini montre "comment notre culture, notre formation, nos idées sont influencées par des symboles et des images préconçues" et comment "l'histoire devient nature". 

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Gabriel DiaSabar

Cette série d’autoportraits rend hommage à une danse sénégalaise réservée aux femmes, le SABAR. Les hommes qui osent la danser se font traiter de tous les noms.
Cela fut mon cas à l’âge de 6 ans.
Ce souvenir de ma mère venant me chercher en furie dans cette foule de femmes a hanté mon enfance et mon adolescence et a sûrement été décisif dans mon choix de m’exiler en France à l’âge de 18 ans, sous prétexte de faire des études.
Vingt six ans après, je décide de danser à nouveau le SABAR, me dissimulant derrière un négatif qui opère comme un voile protecteur. Une façon d’affirmer mon homosexualité et de soulever la question de sa condamnation au Sénégal.

Stéphanie Gengotti - Le cirque Love

 

Stéphanie Gengotti aime "raconter des histoires montrant les aspects les moins explorés de la société humaine et la part la plus intime et la plus secrète des gens et de leur environnement". 

Elle nous entraîne dans l'univers du cirque "si démodé et pourtant si parfait, symbole d'un monde sans frontière, roue mondiale, multi-ethnique qui tourne sans relâche, métaphore de la vie avec ses joies et ses peines, symbole à la fois de liberté et d'esclavage"

Sa peinture délicate du"Cirque Love" nous donne à voir des vies d'artistes "remplies d'amour, de triomphes et de défaites, des vies nomades qui suivent des routes circulaires comme le cycle des saisons, qui ignorent les frontières, des vies d'esclaves confrontées à la rudesse des hivers, à la chaleur suffocante des étés, à la poussière des routes". 

A travers leur quotidien, elle s'attache à capter "le désordre appelé amour".

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Matthieu Chazal - Avant scène - Life is a circus

Dans la salle, les lumières sont allumées. Dans les coulisses, c’est la pénombre. Les artistes tirent discrètement le rideau pour voir les spectateurs s'installer dans le brouhaha. Plus que quelques minutes avant le spectacle : on réajuste son costume et son maquillage, on
prépare les accessoires, on accorde les instruments, encore quelques jongles et étirements... Dernier tour de chauffe avant qu’acrobates, clowns, danseuses, jongleurs et musiciens n’entrent en scène.
Le cirque est en pleine mutation : les animaux, pourtant un des clous du spectacle depuis plusieurs siècles, n’ont plus vraiment le vent en poupe, certains pays les interdisent sous chapiteau. Le cirque alors se réinvente et se théâtralise. Cependant, si les pratiques évoluent, l’esprit reste le même. Le cirque se tient toujours sous chapiteau et réunit différents artistes comme leurs ancêtres les saltimbanques du Moyen-Age, troubadours, forains et bateleurs, qui vagabondaient de ville en ville.
Aujourd’hui encore, réunis en troupe ou en famille, les circassiens sont chaque jour en mouvement : l’itinérance pour mode de vie. Ils installent leur chapiteau dans les campagnes et les périphéries des villes pour quelques jours ou quelques semaines et vont ainsi à la
rencontre du public. Facéties des clowns et contorsions des acrobates – spectacle pour tous !

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Mario Lasalandra - Théâtres humains et histrions imaginaires

L'approche surréaliste de Mario Lasalandra est originale dans le panorama italien. Il saisit la nature humaine pour la traduire en scènes irréelles mises en valeur par l'esthétisme ou par un subtil mélange de mémoire, d'émotion et d'intellect. 

Sa photographie est étudiée, scrupuleusement composée, elle est le miroir de ses rêves qui dialoguent avec la réalité et y échappent.  

Mario Lasalandra nous montre comment les idées peuvent être transformées en images créatives et originales, libérées de la technique pure, qui nous placent devant la pulsion sensorielle du souvenir de manière inédite, grâce à l'utilisation d'un noir et blanc argentique raffiné. 

En nous introduisant dans sa farandole de scènes et personnages imaginaires,  Mario Lasalandra nous emmène sur les ailes du rêve, de l'imagination et de la sensation.

Laure Pubert - Je marcherai sur tes traces

Dans « Je marcherai sur tes traces », la photographie forme l’argile onirique d'une enquête sur elle, sur une disparition sans corps qui a pour cadre et décor la Norvège. Je suis partie sur les traces d'une chimère, avec comme obsession, celle de donner vie et matière à un
personnage fictif, double hybride mais distinct d’un personnage de roman qui me hantait,
Mattis, le passeur solitaire des Oiseaux de Tarjei Vesaas.
Sans voix ni figure. Sans âge. Je suis allée sur ses terres. Je l’ai recherché dans mes investigations du visible. Provoquant les rencontres qu’il aurait pu faire, pistant les incarnations furtives. Les signes.
Bien sûr, les tremblements de l’imagination font vaciller les références factuelles. Mais l’illusion cherche à se faire conscience aiguë  de la vérité. Derrière la dilution des lieux, la déviation du réel, il y a l’affirmation d’une politique des frontières, d’une histoire commune qui nous relie les uns aux autres, comme elle nous relie à lui. Face à l’impermanence du lien, les corps et les objets se confondent dans une même matière, une même danse moléculaire, un même élan.